Les chiffres, sans détour
Commençons par la réalité mesurée, telle que la documente Culture DJ :
| Indicateur | Chiffre |
|---|---|
| Femmes DJ dans les line-up de festivals (aujourd'hui) | ~25 % |
| Femmes DJ bookées par les plus grands clubs français | ~10 % |
| Femmes parmi les artistes de festivals (2014) | 10 % |
| Femmes au classement Forbes des DJs les mieux payés (2018) | 0 |
Un chiffre résume tout : en 2018, aucune femme ne figurait au classement Forbes des DJs les mieux payés du monde. La part progresse — « lentement mais sûrement » depuis la fin des années 1990 — mais le déséquilibre reste massif, et il n'a rien à voir avec le talent.
D'où vient le déséquilibre
Le livre identifie quatre causes qui se renforcent l'une l'autre :
- Un métier technique codé masculin. Comme certaines filières scientifiques, le DJing a longtemps été « boudé » par les femmes, sur fond de cliché tenace des hommes « naturellement » plus doués pour la technique.
- Une image publique réductrice. Les femmes du milieu ont longtemps été ramenées au rôle de manageuse, de compagne de DJ ou de groupie — rarement d'artiste.
- Une nuit dirigée par des hommes. Programmateurs, patrons de clubs, bookers : l'industrie qui décide qui joue est majoritairement masculine.
- Les violences sexistes et sexuelles, exacerbées dans le monde de la nuit — d'où la nécessité, aujourd'hui affirmée, de créer des espaces sûrs.
Les pionnières
Le DJing n'a pas attendu pour être façonné par des femmes — encore faut-il les nommer.
- Régine. Au Whisky à Gogo à Paris, elle jette le juke-box, installe un double tourne-disque qu'elle contrôle elle-même et invente la discothèque moderne. L'une des toutes premières DJ, dans un monde où la parité n'était même pas un mot — on en parle dans le rôle culturel du DJ.
- Sextoy (disparue), figure des nuits parisiennes, dont l'ambition affichée était de devenir l'une des plus grandes DJ du monde et de jouer partout.
- Miss Kittin, Chloé, Jennifer Cardini, Elisa do Brasil : des Françaises qui ont imposé leur signature sur la scène électronique, de l'electroclash à la drum and bass.
- Charlotte de Witte. En 2020, elle devient la première femme n°1 du classement « Alternative » de DJ Mag, détrônant Carl Cox. À ses débuts, elle avait choisi un pseudonyme neutre pour éviter les préjugés — puis a assumé son vrai nom, résumant le débat d'une question : « Pourquoi ai-je besoin d'un nom masculin ? »
Côté musiques urbaines, des DJ comme Lady Style ont ouvert la voie sur les plus grandes scènes hip-hop et R&B françaises.
Ce qui change
La bascule est en cours, portée par le terrain plus que par les institutions. Des collectifs se mobilisent pour promouvoir les femmes sur la scène électronique et sécuriser les nuits ; des associations forment le personnel des clubs à la prévention des violences sexistes et sexuelles. L'idée d'un espace sûr — où une femme peut jouer, et sortir, sans avoir à composer avec le harcèlement — n'est plus une revendication marginale mais une condition de l'ouverture du métier.
Le geste le plus simple reste le plus efficace : rendre les pionnières visibles. On ne devient pas ce qu'on n'a jamais vu — c'est vrai en cabine comme ailleurs. Si cette histoire te donne envie de t'y mettre, la porte d'entrée est comment devenir DJ, et elle est la même pour toutes et tous.